Sophie P.

Un fusil, une vache, un arbre et une femme
18 novembre 2017

Amour et violence, trahison et expiation

Le jeune Ze'ev quitte la Galilée pour la Palestine. Son oncle Dov lui envoie un fusil, une vache, un arbre et une femme, Grandma Ruth. Dans cet ordre et pas un autre, pour ce que cela révèle de signification pour la société et la famille Tavori. Pourtant le mariage de Ze'ev et Ruth tourne mal. Ze'ev est impuissant et Ruth aura tôt fait de le tromper. La petite fille de Ze'ev, Ruta, personnage fantasque, se trouvera confrontée au malheur, forme de destin dont il paraissait impossible qu'elle ait pu se soustraire et choisit de livrer cette destinée familiale à Varda, venue recueillir des témoignages sur le fonctionnement des Yishouv en Israël.
Empruntant autant au roman qu'au conte, ce livre de Meir Shalev explore les grands thèmes de l'ancien testament. Le roman excelle à décrire les choses de l'amour et de la vie conjugale, comme il explore aussi les champs de la trahison. Cruel et d'une violence ancestral, ce roman évoque également la place des femmes dans les sociétés traditionnelles. Enfin, le meurtre, l'expiation qui s'ensuit et se poursuit sur quatre générations finissent de refermer le récit sur des temps immémoriaux.

L'art de perdre , Prix Goncourt des Lycéens - 2017

Prix Goncourt des Lycéens - 2017

Flammarion

22,00
17 novembre 2017

"c'est long de faire ressurgir un pays du silence"

"C'est long de faire ressurgir un pays du silence".
Que faire face au silence? Naïma, 30 ans, galériste ne connaît presque rien de l'Algérie, qui se résume au HLM où vit sa grand-mère Yema et à quelques babioles de folklore. Alors qu'elle doit aller en Algérie pour préparer la rétrospective d'un artiste, elle se confronte à son histoire.
D'une écriture pleine de retenue, Alice Zeniter réunit ses quelques souvenirs familiaux et tâtonne afin de tenter de donner un sens ou une cohérence d'ensemble à une histoire que personne ne lui a jamais racontée. On sent de manière très palpable la crainte de se tromper, d'être injuste, de blesser les vivants, mais également de tromper les morts et leurs secrets.

En première partie - l'Algérie de papa - Alice Zeniter expose le temps de la vie traditionnelle, voire ancestrale dans les montagnes de Kabylie où très vite les temps des drames et des choix fratricides vont s'opérer. Puis, elle raconte la fuite, devenue inévitable et l'Algérie que le grand-père, la grand-mère et leurs premiers enfants devront laisser derrière lui, ainsi que les oliviers, la maison et tout ce qui leur appartenait.
Arrivés en France - La France froide - c'est le temps des camps, de transition à Rivesaltes, puis dans l'industrie du bois. Enfin, c'est l'arrivée à Pont-Feron en Normandie où la famille s'installera.
Paris est une fête - Hamid découvre Paris et fait la rencontre de Clarisse qui deviendra sa femme. Il se murera alors dans un silence épais, que ni sa femme, ni ses filles ne parviendront percer.
Alice Zeniter parvient très justement à expliquer dans cette grande fresque familiale, la difficulté à être un descendant d'un harki et encore plus à définir ce que c'est qu'être harki, face à une histoire qui se refuse et où les lignes ne sont jamais claires. L'art de perdre est un livre qui développe l'empathie de ses lecteurs.

C'est le coeur qui lâche en dernier
26 octobre 2017

Le meilleur des mondes

On ne présente plus Margaret Atwood, qui signe un roman acerbe à l'humour implacable. Drôlissime, on rit également un peu jaune tant ce roman questionne notre rapport à la liberté et le fonctionnement de notre société.
Stan et Charmaine, victimes de la crise sont contraints de vivre dans leur voiture. Ils sont immédiatement séduits lorsqu'un programme à la télévision leur propose un emploi, un toit, de la sécurité. La seule condition est de renoncer à pouvoir partir de cet endroit. Ils deviennent donc les prisonniers volontaires d'un monde où les règles absurdes sont la norme et où toutes les dérives sont permises : surveillance généralisée, robots prostitués, meurtres sous couvert du maintien de l'ordre.
Empreint de l'imagerie des années 50 et du bonheur pour tous et sans limites, ce roman questionne ce qui définit le bonheur aujourd'hui dans nos sociétés et notre asservissement à des normes souvent très stéréotypées.

Dans l'épaisseur de la chair
19 octobre 2017

Un roman d'Histoire et de souvenirs

Dans l'épaisseur de la chair est un très beau roman, écrit dans une langue virtuose et poétique. Jean-Marie Blas de Roblès réunit l'histoire de sa famille et l'Histoire de l'Algérie Française, page d'histoire douloureuse pour un pays, ses habitants et pour une famille, qui dut tout abandonner derrière elle et reconstruire sa vie en France. L'auteur convie ses souvenirs, autant qu'il les interroge, afin de percer les mystères de son père mais aussi d'un pays tout entier. Ce roman est aussi une manière cathartique de mettre à jour et d'accepter une fêlure personnelle et familiale. C'est donc finalement une histoire émouvante, une déclaration d'amour au père, bien que dans la retenue et la pudeur. Il y a également beaucoup d'humour, ce qui est aussi une manière d'exprimer tous ces sentiments sans les rendre lourds.

Et soudain, la liberté - Grand prix des lycéennes ELLE
10 octobre 2017

Une histoire de femmes

J'ai découvert ce livre à l'occasion de la soirée organisée pour la rentrée littéraire par la librairie d'Asnières. Grâce aux conseils de Lucie j'ai eu envie de lire ce livre alors qu'a priori le thème ne m'aurait pas attiré plus que ça.

J'ai été totalement séduite par ce livre, ni tout-à-fait une autobiographie, ni un roman, et par sa construction singulière, puisque le livre fait des allers retours incessants entre la vie de Lucie et Mona (E. Pisier et sa mère) et l'amitié qui s'est développée entre Caroline Laurent et Evelyne Pisier. Le livre a également été écrit dans un contexte particulier puisque E. Pisier est décédée avant la fin de l'écriture du roman et qu'elle a demandé à C. Laurent de terminer le livre. On assiste aux coulisses de l'écriture du livre, au rôle particulier de l'éditeur et à la relation qui se tisse entre l'éditeur et l'écrivain, comme on est étroitement associé à la naissance de C. Laurent comme écrivain, dans un subtil de jeu de miroirs et de correspondances. C'est également un roman de femmes, une histoire de libération et de prise en charge de son destin, universel dans son propos autant que très personnel.

Comme le dit C. Laurent, "Son texte, depuis le début, est un miroir qu'elle me tend".