Jean T.

https://lecturesdereves.wordpress.com/

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Conseillé par (Libraire)
21 décembre 2023

Autour de l'ours, Clara Arnaud entrelace trois récits sur la représentation de la nature, la vie pastorale, la cohabitation des animaux domestiques et sauvages et de l'homme.

Passons sur l'histoire de Jules, le montreur d'ours qui, a la fin du 19e siècle va voler un ourson dans une tanière (suspense haletant garanti), le dresse et part faire fortune aux États-Unis. Cela pouvait se faire à l'époque.
Puis elle nous ramène à notre époque, dans une vallée du Couserans, en Ariège où, attirés par la montagne, sont installés Gaspard et sa famille. Il mène la difficile vie de berger et monte en estive pour 90 jours, après avoir vécu un drame l'année précédente. Il garde un troupeau de 500 brebis appartenant à plusieurs éleveurs. Il est seul dans la montagne, avec son troupeau, sa chienne et son patou. Il est dans la nature sauvage, gardien de son troupeau et attentif à déjouer les ruses d'une ourse qui égorge ses bêtes, ourse qu'il respecte tellement il est attaché ne pas dénaturer la montagne.
Alma est une jeune éthologue cherchant à convaincre les villageois de cohabiter avec l'ours qui avait disparu et a été réintroduit dans la montagne. Celle qu'on appelle "la salope aux ours" doit récolter des informations sur l'ours, ses habitudes vie, son rapport avec les troupeaux. Elle passe beaucoup de temps dans la montagne, à étudier cette ourse, Negra, qui a été réintroduite dans le Couserans, pour fournir à l'organisme qui l'emploie des données qui permettront de justifier sa présence, alors même qu'une partie de la population locale est bien décidée à ce que cette ourse disparaisse.
Clara Arnaud habite dans le Couserans. Elle aime et connaît la montagne. Elle fréquente des locaux, des bergers, elle s'est documentée sur la place de l'ours dans l'écosystème, sur la vie en estive, à Esbintz, entre autres. Dans son roman, on apprend autre chose que dans les faits divers qui parlent surtout des méfaits de l'ours. On voit que ce monde est complexe, plein de nuances, et que si on prendre parti pour les pro-ours ou pour les anti-ours n'est pas possible. On apprend beaucoup dans son livre, surtout si on ne fréquente pas la montagne. Car on marche beaucoup, on court après les brebis, on marche des heures avec Alma pour trouver un lieu où bivouaquer, on écoute Jean, le vieux berger, on s'arrête pour voir les bouquetins gambader dans les éboulis, on lève les yeux vers les sommets, on détaille les crêtes, on regarde les étoiles la nuit, on apprend qu'il faut soigner les pieds des brebis, prendre soin de ses chiens, écouter les bruits, les animaux, les oiseaux, être sur le qui-vive, tout le temps… Ce livre nous plonge dans le tragique de la montagne, dans les conceptions opposées de la vie pastorale, de la nature, du respect de la présence des animaux domestiques et sauvages. On voit à quoi se heurte la volonté de maintenir tout ceci, en acceptant que la montagne est aussi brutale et cruelle, qu'elle ne se soumet pas, qu'elle donne et qu'elle prend, selon son rythme biologique.
Ce livre est d'une infinie beauté, d'une poésie splendide, un regard sensuel sur la nature, une célébration de la vie dans la montagne sans cacher qu'au doux vent d'autan peut succéder des vents glacés. Clara Arnaud ne se contente pas de nous immerger dans la nature sauvage de la montagne, mais aussi dans la violence des hommes.
Si le roman est proche du Nature writing américain, les aspects sociétaux et politiques qu'il aborde le rendent plus beau, plus humain, plus somptueux, plus nécessaire

Le Livre de poche

10,40
Conseillé par (Libraire)
1 décembre 2023

Une jeune femme plutôt naïve, Évie Perraud, est remarquée par Pierre Manan qui l'embauche pour être la doublure de Clara, son épouse, alias Calypso Montant. L'artiste est une peintre qui se rattache au genre du romantisme noir auquel se rattachent, Goya, Franz von Stuck et surtout John Collier dont le tableau "Lilith" fascinera Évie. Clara est une femme complexe. Artiste, elle veut vivre de sa peinture sans se montrer au public.

Elle demande à Évie d'être sa doublure et d'habiter dans leur maison. Très vite, Évie acquiert la culture et les façons d'être de Calypso, à un tel point que personne ne devine la tromperie. Quand Évie est le sosie de Calypso, elle peut se permettre des choses qui lui sont interdites lorsque Calypso redevient Clara. Le jeu devient pervers, surtout quand Pierre Manan prend le parti d'Évie. Quand elle brave un des interdits, elle est rejetée par l'artiste. Sa vengeance sera terrible...
Ce roman diffère des précédents par sa noirceur, la fascination des personnages pour le morbide, l'emprise sexuelle perverse, la drogue, l'alcool. À la lecture, j'ai souvent ressenti un malaise face à ce trop-plein de noirceur et de manipulations. Dommage parce que les histoires du Lilith de John Collier, Le Vol des sorcières de Goya ou Saturne dévorant un de ses fils, les références à Paul Delaroche, Trois femmes et trois loups du suisse Eugène Samuel Grasset et autres artistes et écrivains présentent un intérêt certain et auraient mérité un traitement moins glauque.
Le problème de ce roman déroutant, c'est que Mélissa Da Costa écrit bien...

20,90
Conseillé par (Libraire)
1 décembre 2023

Une jeune femme plutôt naïve, Évie Perraud, est remarquée par Pierre Manan qui l'embauche pour être la doublure de Clara, son épouse, alias Calypso Montant. L'artiste est une peintre qui se rattache au genre du romantisme noir auquel se rattachent, Goya, Franz von Stuck et surtout John Collier dont le tableau "Lilith" fascinera Évie. Clara est une femme complexe. Artiste, elle veut vivre de sa peinture sans se montrer au public.

Elle demande à Évie d'être sa doublure et d'habiter dans leur maison. Très vite, Évie acquiert la culture et les façons d'être de Calypso, à un tel point que personne ne devine la tromperie. Quand Évie est le sosie de Calypso, elle peut se permettre des choses qui lui sont interdites lorsque Calypso redevient Clara. Le jeu devient pervers, surtout quand Pierre Manan prend le parti d'Évie. Quand elle brave un des interdits, elle est rejetée par l'artiste. Sa vengeance sera terrible...
Ce roman diffère des précédents par sa noirceur, la fascination des personnages pour le morbide, l'emprise sexuelle perverse, la drogue, l'alcool. À la lecture, j'ai souvent ressenti un malaise face à ce trop-plein de noirceur et de manipulations. Dommage parce que les histoires du Lilith de John Collier, Le Vol des sorcières de Goya ou Saturne dévorant un de ses fils, les références à Paul Delaroche, Trois femmes et trois loups du suisse Eugène Samuel Grasset et autres artistes et écrivains présentent un intérêt certain et auraient mérité un traitement moins glauque.
Le problème de ce roman déroutant, c'est que Mélissa Da Costa écrit bien...

Éditions Gallmeister

21,30
Conseillé par (Libraire)
30 novembre 2023

Alice O Farrell avait voulu surveiller son petit frère Jason, mais il lui a échappé et est mort d'une horrible façon. Ne supportant plus la vie à la maison, elle fugue. On la retrouve cinq ans plus tard, à vingt-et-un ans, errant dans des bars mal famés, s'alcoolisant pour oublier "l'accident". Elle a accepté un emploi de barmaid pour gagner un peu d'argent dans un bar de stripteaseuses. Un matin, elle se réveille avec une terrible gueule de bois, nue dans le lit de son patron qu'elle découvre mort d'une overdose. Elle tangue encore et ne se rappelle rien de sa soirée. Dans la chambre, elle trouve ses vêtements et un sac en toile rempli de dollars et de drogues. Elle met un peu trop de temps à s'enfuir, échappant de peu aux deux malabars cherchent Terry, son patron, qui leur doit de l'argent, beaucoup d'argent.

Partie en pick-up, elle prend le train. Elle n'avait pas prévu qu'elle prendrait la défense de Bubble Gum, une petite jeune fille que poursuivait un homme peu délicat.
Ni que deux types, un Homme-Enfant et complice, voudraient récupérer son magot. Elle décide de gagner Wilmington, en Caroline du Nord où elle avait été recueillie chez Elton, un dératiseur, chez qui elle avait passé un moment heureux. Elton l'accueille à nouveau, ainsi que Bubble Gum. Commence une période de calme, sous la protection d'Elton qui distille quelques conseils à une Alice devenue plus raisonnable et totalement sobre.
Mais pendant ce temps, l'Homme-Enfant la piste, se rapproche, la trouvera, c'est certain….
Ce roman est noir, mais pas totalement, on le verra à la toute dernière page. L'écriture de Samuel W. Gailey est dépressive, noire. Il le faut puisque même les personnages "gentils", qui sont attachants, ont commis quelques méfaits. L'histoire est cruelle et les moments de violence ne manquent pas. La fin est inattendue.
Mélangeant 2005 et 2011, ce roman est habilement construit et ménage un suspense constant. Parfois, l'histoire s'emballe, les malfrats trouvent un peu trop vite des indices, Alice se remet de son addiction à l'alcool et devient un peu rapidement "jeune adulte raisonnable" guidée par une morale personnelle positive.
Mais après tout, ces petits défauts ne gâchent pas la lecture de ce thriller ténébreux où on n'a pas de temps à perdre...

21,50
Conseillé par (Libraire)
6 novembre 2023

Alba est une personne rare, elle est linguiste à l’université de Reykjavík en Islande et parle "la langue nationale la plus faiblement diffusée" des pays membres des Nations unies. Elle nous apprend que les Islandais ont le privilège de former leurs propres néologismes plutôt que d'adapter les mots des langues majoritaires, mais, se demande-t-elle, faut-il continuer d'enseigner "une langue où comprendre quelqu’un et divorcer s’expriment en recourant au même verbe – skilja" ? Alaba se déplace énormément, ce qui l'amène à décider de se retirer du monde dans un terrain avec maison qu'elle acquiert pour planter des arbres – 5600 - dans la terre volcanique et sableuse de son île peu boisée, afin de compenser son empreinte carbone.

Audur Ava Ólafsdóttir aborde beaucoup de petits sujets semblant sans importance. Elle emménage dans une maison trop petite pour qu'elle y installe sa bibliothèque, une maison qui a été la propriété d'une autrice de romans policiers qu'elle connaît pour avoir été sa correctrice. Alors, elle dépose ses dictionnaires et ses grammaires islandaises, ses ouvrages pointus dans le magasin de la Croix Rouge, suscitant un intérêt inattendu chez les clients. Dans cette île lointaine menacée par le réchauffement climatique, la pollution de la mer, le tourisme, elle plante des bouleaux et d'autres arbres, imaginant ce que sera son domaine bien des années plus tard. Elle se fait aider par Danyel, un jeune réfugié qui veut apprendre l'islandais, qu'elle décide de protéger afin qu'il s'intègre et qui devient "Mon adolescent".
Cette linguiste passionnée de langues fragiles, qui a avec les mots une relation forte réoriente sa vie, se découvre de nouveaux intérêts. Tout comme les islandais qui l'accostent pour lui parler de mots ou de la langue, une passion qu'elle ne soupçonnait pas d'exister, " Gerdur, employée à la banque, m’a fait part de ses inquiétudes à propos du déclin du subjonctif dans la langue parlée".
Sans s'en rendre trop compte, on lit l'histoire d'une femme qui change brusquement de vie dans une Islande qu'elle considère comme un "Éden", un paradis perdu qui se déglingue, qui pourrait elle-même se perdre, et qui s'installe, se découvre une autre vie possible, noue des relations, qui plante des arbres et des légumes dans son jardin, qui s'accorde à la nature, nous rappelant ainsi que rien n'est sans doute perdu. Cette histoire se déroule tout en douceur, comme si l'évolution était naturelle, comme s'il n'y avait d'autre horizon que l'espoir, "Tout ira bien".
Audur Ava Ólafsdóttir nous enchante avec ce roman à l'écriture belle et inventive. Elle possède le talent de s'intéresser à des choses graves sans qu'il n'y paraisse, avec légèreté et finesse. Outre qu'elle nous signale que le monde est à protéger, son attention à la valeur des mots nous indique de ne pas oublier la poésie, d'en parler avec des mots choisis, pour éviter que disparaisse notre Éden.